Depuis que ton chien partage ta vie, tu as certainement remarqué que les conseils de toutes sortes abondent autour de toi sur comment punir un chien. Les amis, la famille, le voisin, l’éleveur, le vétérinaire, les dresseurs, les éducateurs canins, les groupes sur les réseaux sociaux, les émissions de télévision… il devient difficile de savoir qui écouter.
Il est fréquent d’entendre des phrases comme :
- « Ne laisse pas dormir ton chien dans ton lit ou passer la porte avant toi, il croira que c’est lui le dominant de la famille. »
- « Mets-lui le nez dans son urine, il comprendra que c’est mal de faire pipi dans la maison. »
- « Vaporise-le d’un jet d’eau quand il jappe à la fenêtre pour le faire taire. »
- « S’il se débat lors d’une manipulation ou une contention, maintiens-le au sol pour ne surtout pas le laisser gagner et lui apprendre à se laisser faire. »
Ces phrases sont souvent accompagnées de « C’est la seule chose qui a fonctionné avec le mien» ou « J’entraine des chiens depuis 35 ans, c’est comme ça qu’il faut faire. » ou « Les bonbons, ça fonctionne pas avec cette race, ils ont trop un fort caractère ».
Puisque les conseils sont généralement donnés avec les meilleures intentions du monde, pourquoi ne devrais-tu pas les appliquer sur ton chien après tout ?
Les idées reçues sur la punition pour dresser son chien
Montrer sa place dans la hiérarchie et punir – légèrement – un chien comme le ferait sa mère semble logique, non ? Effectivement, ces concepts ont longtemps été populaires et défendus par tous dans le domaine du comportement canin.
Cette façon de voir l’éducation canine découle d’études réalisées dans les années 1940 par Rudolf Schenkel. Ces études furent réalisées auprès de loups en captivité. Contrairement aux loups dans leur milieu naturel, les loups en captivité utilisaient la plupart du temps l’agression pour avoir accès aux différentes ressources comme la nourriture ou la capacité à se reproduire. Il semblait donc y avoir un loup dominant, dit « l’alpha », qui obtenait tous les droits et le respect des autres grâce à ses démonstrations de force et d’agressivité.
La première erreur était de transposer ces concepts sur les loups dans leur milieu naturel puisque des individus inconnus coincés dans un petit espace clos versus une famille de loups en liberté, c’est deux mondes. La deuxième erreur a été de copier-coller ce mode de fonctionnement sur nos chiens domestiques.
Pendant longtemps on crut nécessaire de devoir se montrer nous aussi dominant, ferme et sévère pour inculquer respect et éducation à nos chiens. En ayant cette mentalité, toutes les erreurs du chien étaient vues comme un affront à notre rôle hiérarchique et c’était de notre devoir de lui montrer qu’il avait un mauvais comportement en appliquant une punition.
Certes, la mère de ton chien a certainement déjà grondé ou pincé celui-ci pour lui apprendre l’inhibition de morsure et l’autocontrôle, par exemple. Cependant, même si on le voulait, nous n’aurons jamais le même langage corporel qu’un chien. Ainsi, si on tente d’appliquer les mêmes gestes maternels à notre chien, comme le « poker » aux côtes, le pincer ou lui secouer la peau du cou, il n’y verra qu’une agression physique de notre part.

Par chance, les études de 1940 sur le comportement animal ne furent pas les dernières. Depuis, les études se sont multipliées. La communauté scientifique s’entend maintenant pour dire que la hiérarchie entre deux espèces différentes est totalement impossible. Le chien sait très bien que tu n’es pas un chien ni sa mère.
Dans les années 1980, Karen Pryor, entraîneuse de renom, testa sur des chiens la méthode d’entraînement du clicker populaire surtout auprès des grands mammifères marins. Les résultats furent remarquables. Non seulement l’efficacité de cette méthode fut évidente, mais en plus, il n’y avait aucun effet secondaire tel que la peur sur le sujet, contrairement aux méthodes prônant les punitions.
Éduque ton chiot en 12 semaines sans perdre la tête (ni avoir peur de mal le partir)
Tu te dis que chaque petite erreur dans l’éducation de ton chiot pourrait causer des gros problèmes à l’avenir ?
Et si tu lui apprenais les mauvaises habitudes sans même t’en rendre compte ?
On va se le dire… avoir un chiot, c’est un immense bonheur… Mais c’est aussi un défi important.
Un chien sait qu'il a fait une bêtise : mythe ou réalité ?
« Mon Doodle sait quand il a fait une bêtise, c’est évident, car il devient piteux ! »
Ton chien est un professionnel dans la lecture de ton langage corporel, tes expressions faciales, ton ton de voix et tes émotions. Ainsi, quand tu reviens à la maison et que la poubelle a été déversée sur le sol, son air « coupable » est simplement sa réponse directe à ton visage contrarié et ta voix frustrée ! Ton état émotif l’inquiète, donc ton chien émet des signaux de stress comme baisser la tête, détourner le regard, se faire tout petit, etc.
Cependant, il ne fera pas le lien « vider la poubelle = c’est mal, car mon humaine est en colère ». Un chien vit l’instant présent et fait des associations. Pendant le délit, il aura eu un plaisir immense à tout saccager (« vider la poubelle = plaisir intense »). À ton retour, s’il te voit contrarié, il fera simplement l’association « poubelle au sol et humaine dans la même pièce = zut, combinaison non gagnante ». Il s’abstiendra sûrement de vider la poubelle en ta présence… mais en ton absence, il aura tout autant de plaisir à la vider puisque tu ne fais pas partie de l’équation.
Sans le féliciter à ton retour, ignore son délit, il est déjà trop tard pour qu’il fasse le lien de toute façon. De plus, l’utilisation de menace, insulte ou punition comporte son lot d’effets secondaires que nous verrons ci-dessous !
Les conséquences de la punition sur le chien
Le premier souci avec l’usage de la punition dans l’entraînement canin est que celle-ci doit être appliquée précisément au moment de l’erreur, donc en moins de 2 secondes. C’est ce qu’on appelle le « timing ». Elle doit être appliquée de façon suffisamment sévère pour créer une réelle association désagréable face à ce comportement; elle doit aussi avoir l’intensité nécessaire pour avoir l’effet désiré, soit de réduire la fréquence du comportement puni.
***Évidemment, on ne recommande pas d’augmenter la sévérité de tes punitions, continue plutôt de lire la suite.***
Une « punition douce » comme crier « non » a généralement l’effet inverse d’une punition, car elle donne de l’attention au moment du comportement. Le comportement du chien est ainsi renforcé. Conséquemment, il voudra répéter l’erreur pour obtenir cette dose d’attention à nouveau.
Un deuxième désavantage de l’utilisation des punitions et toute méthode aversive est que si notre « timing » et l’intensité sont suffisants, on punit certes « l’erreur », mais le chien ignore totalement ce qu’on attend de lui ensuite. Un chiot ne naît pas avec le « Guide ultime de comment cohabiter avec un humain ». Il produit des comportements naturels pour lui tels que mordiller, sauter, uriner quand il a envie, voler et gruger des objets, sans savoir que l’humain considère ces comportements comme « mauvais ». C’est à l’humain de lui enseigner comment bien se comporter dans une maison.
Le plus important problème avec l’usage des méthodes aversives est que leur utilisation brime la confiance que le chien porte envers l’humain. La punition cause de la peur et du stress à l’animal. Ce stress génère du cortisol, l’hormone du stress. Cette hormone nuit à l’apprentissage et elle est très lente à être éliminée du corps. À court terme, tant qu’elle est présente dans le corps, celle-ci influence le comportement du chien en le rendant plus craintif, plus vigilant, plus irritable voire agressif. À long terme, le cortisol est dommageable pour la santé et la longévité.
L’argument de l’efficacité est souvent utilisé comme justification pour l’utilisation des punitions. Cela dit, une étude récente sur les effets de la punition sur le chien fut réalisée sur une soixantaine de chiens séparés en deux groupes. Tous les chiens avaient de la difficulté avec des commandes en liberté telles que le assis et le rappel. Le premier groupe fut entrainé avec une combinaison de renforcement positif et de punitions (ce qu’on appelle le « balanced training ») et le second groupe fut éduqué exclusivement en renforcement positif.
L’étude a démontré clairement que, non seulement les chiens entrainés uniquement en renforcement positif sans jamais être punis pour leurs erreurs apprenaient tout aussi bien les nouvelles commandes, mais en plus leur rapidité d’exécution était supérieure au groupe subissant des punitions. C’est l’un des effets des outils aversifs : le chien devient plus dépressif, moins prompt à essayer des comportements, puisqu’il craint constamment l’arrivée d’une punition.
En choisissant l’avenue des méthodes aversives, tu auras donc un chien moins confiant, plus réactif et moins volontaire au quotidien… Ce qui n’est sûrement pas ce que tu souhaites !
5 astuces de pro pour faire obéir un chien
Maintenant que je sais qu’il faut se tenir loin des méthodes aversives, je l’éduque comment, mon chien ? Voici 5 façons saines pour éduquer ton compagnon.
1. Gérer l’environnement
Lorsque tu veux modifier un comportement, c’est une des premières choses à essayer.
Dans le cas d’un chiot ou d’un chien adulte, il suffit parfois de modifier l’environnement pour empêcher les mauvaises habitudes de s’installer. On peut faire une gestion de l’environnement en rangeant des objets, en installant une barrière pour bébé, en fermant des portes, en utilisant la cage ou l’enclos, etc.
Autrement, en ayant une maison remplie d’objets intéressants à la disposition de ton chiot ou ton chien, tu lui offres des opportunités de mauvais coups (souliers dans l’entrée, linge à vaisselle accessible, tapis au sol, poubelles ouvertes, toutes les pièces accessibles, etc.).
Vouloir jouer à la police derrière lui n’aura pour effet que de renforcer son comportement. Ton chien a déjà du plaisir à vider la poubelle ou à voler un soulier, si en bonus tu fais un spectacle en criant et tu viens le rejoindre en lui donnant plein d’attention, il aura plein de renforçateurs !
Réduis l’accès à toutes ces tentations et offre libre accès à des activités saines afin d’aider ton chien à faire de bons choix. Par exemple, au lieu d’avoir des souliers dans l’entrée, range-les dans la garde-robe et mets à la disposition de ton chien un panier rempli de jouets et d’os. Dès qu’il fait le bon choix, récompense-le avec de la nourriture ou en jouant avec lui ! Avec le temps, il préférera grandement les jouets et les os et tu pourras tranquillement remettre les souliers à sa vue sans qu’il s’y intéresse.

2. Renforcer les bons comportements
Lorsqu’un chien produit un comportement et qu’il en retire un bénéfice, il voudra le répéter. Si un des comportements fait par ton chien te plaît, paye-le. Il voudra le reproduire !
Quand on parle de « paie », c’est plus qu’un simple « bravo ». Utilise plutôt une vraie monnaie d’échange intéressante pour lui : de la nourriture ! Lorsque le comportement sera devenu une habitude bien ancrée, tu pourras payer de façon aléatoire, 1 fois sur 2, plus 1 fois sur 3, 1 fois sur 5, etc. Comme il y a probabilité de paiement, ton chien continuera de produire le comportement.
3. Trouver la cause du comportement indésirable
Chercher la cause, la motivation de ton chien à produire un comportement que tu aimerais modifier te permettra souvent de trouver une solution. Ton chien produit des comportements principalement pour 3 raisons :
- Dépenser son énergie, se trouver une occupation. Exemple :
- Gruger la patte de chaise pour se créer une activité masticatoire;
- Japper à la fenêtre le soir, car ton chien a passé 7 heures en cage et n’a pas dépensé d’énergie de la journée.
- Demander de l’attention. Exemple :
- Voler le linge à vaisselle pour que tu cours après lui;
- Japper à côté du divan pour que tu le regardes.
- Gérer une émotion. Exemple :
- Ton chien craint le chien de l’autre côté de la rue en promenade, donc il jappe pour le faire éloigner;
- Ton chien est vraiment trop excité et manque d’autocontrôle à l’arrivée de la visite, donc il saute sur eux.
Combler le besoin initial et travailler à modifier l’émotion qui se cache derrière le comportement t’aideront à régler le problème. C’est parfois un peu plus difficile qu’il n’en paraît. N’hésite pas à faire appel à une intervenante en comportement canin pour t’aider à identifier la cause et mettre en place un protocole adapté.
4. Ignorer un mauvais comportement
Pendant que le comportement se produit, tente de ne pas réagir, surtout si ce comportement est spécifiquement motivé par une demande d’attention.
Théoriquement, oui un comportement qui n’est plus jamais payé s’éliminera. Par contre, surtout si le comportement a déjà été très payant dans le passé, le chien augmentera l’intensité pendant une certaine période. C’est un phénomène normal qu’on observe avant l’extinction.
L’idéal est donc de prévenir le comportement en utilisant la gestion de l’environnement, en comblant son besoin initial ou en utilisant le prochain outil.
5. Rediriger vers le bon comportement
Souviens-toi de toujours commencer par identifier la motivation derrière le comportement avant de vouloir le modifier. Beaucoup de « problèmes de comportements » sont directement reliés au manque de dépense d’énergie au quotidien. Si tu te sens dépassée et que tu cherches des stratégies efficaces, fais appel à une intervenante en comportement canin pour t’accompagner !
Article rédigé par

Marie Lapierre

Nathalie Denis